Après le bac · Passerelle lycée → université

Réussir sa L1 Droit

Le droit ne s'enseigne pas au lycée. Ce guide complet et gratuit te prépare vraiment : fond disciplinaire, méthodes du supérieur, exercices corrigés et programme semaine par semaine.

Chaque année, des milliers de bacheliers s'inscrivent en licence de droit sans savoir à quoi s'attendre — et pour cause : le droit ne s'enseigne pas au lycée. Personne n'arrive « déjà formé ». Ce qui fait la différence en L1, ce sont des compétences transversales — lire vite et précisément, raisonner avec rigueur, rédiger clairement — et la maîtrise d'exercices très codifiés.

Ce guide n'est pas une simple présentation : c'est un outil de préparation complet et gratuit. Il t'explique ce qui t'attend, te donne les bases disciplinaires, détaille les méthodes du supérieur avec des exemples corrigés, et te propose un programme semaine par semaine pour arriver prêt à la rentrée.

À retenir avant de commencer. Un niveau de départ modeste ne signifie pas que le droit n'est pas fait pour toi. Beaucoup d'excellents juristes ont débuté sans aucune avance. Ce guide existe justement pour combler l'écart entre le lycée et la fac.

Test : es-tu prêt·e pour la L1 Droit ?

8 questions rapides sur le raisonnement, les institutions et la lecture. Réponds honnêtement — le but est de t'orienter vers les bonnes révisions, pas de te noter.

Question 1
En droit, la qualité d'une copie dépend d'abord de :

Le droit valorise un raisonnement clair, structuré et bien rédigé — pas l'accumulation.

Question 2
« Nul n'est censé ignorer la loi » signifie :

L'ignorance de la loi n'est pas une excuse recevable devant la justice.

Question 3
Quelle institution VOTE la loi en France ?

Le Parlement vote la loi ; les autres ont des rôles de contrôle ou de justice.

Question 4
Le raisonnement juridique (syllogisme) consiste à :

On applique une règle (majeure) aux faits (mineure) pour en tirer une conclusion.

Question 5
Droit public et droit privé se distinguent selon qu'ils régissent :

Droit public = rapports avec la puissance publique ; droit privé = entre personnes privées.

Question 6
La Cour de cassation :

Elle ne rejuge pas les faits : elle contrôle l'application de la règle de droit.

Question 7
La séparation des pouvoirs distingue les pouvoirs :

Législatif (faire la loi), exécutif (l'appliquer), judiciaire (juger).

Question 8
Face à une notion juridique nouvelle et abstraite, il faut :

Le droit exige de comprendre des concepts abstraits pour les appliquer.

Ce test est un repère indicatif d'auto-évaluation, construit à partir de notions clés. Il ne préjuge pas de ton admission ni de ta réussite : la motivation, la méthode de travail et l'accompagnement comptent au moins autant. En cas de doute sur ton orientation, parle-en à ton professeur principal ou à un conseiller d'orientation.

Ce qui change vraiment entre le lycée et la L1 Droit

Au lycéeEn licence de droit
On te dit quoi apprendre, chapitre par chapitreTu organises seul un volume de travail bien plus important
Les contrôles portent sur peu de contenuLes partiels couvrent tout un semestre
La rédaction compte, l'exigence reste mesuréeLa méthode (cas pratique, commentaire, dissertation) est notée très strictement
Le vocabulaire est courantUn vocabulaire juridique précis s'apprend dès les premières semaines
Le cours magistral est rareCours magistraux en amphi + travaux dirigés (TD) à préparer chaque semaine

La plupart des premières mauvaises notes ne viennent pas d'un manque de connaissances, mais d'une méconnaissance de ces règles du jeu. Les connaître à l'avance est un avantage décisif.

Les sources du droit et la hiérarchie des normes

Avant même le premier cours, il faut comprendre d'où « vient » le droit : quelles sont les règles, qui les édicte, et laquelle l'emporte en cas de conflit. C'est le tout premier réflexe que l'on attend d'un étudiant en droit. Les sources ne sont pas au même niveau : elles forment une pyramide, où chaque règle doit respecter celles qui lui sont supérieures.

Voici la pyramide des normes, du sommet (la règle suprême) vers la base :

  1. Le bloc de constitutionnalitéAu sommet : la Constitution de 1958, mais aussi la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, le préambule de la Constitution de 1946 et la Charte de l'environnement de 2004. Aucune règle ne peut lui être contraire. Le Conseil constitutionnel veille à ce respect.
  2. Le bloc de conventionnalité (traités internationaux et droit de l'Union européenne)Les traités régulièrement ratifiés ont une autorité supérieure à la loi (article 55 de la Constitution). Le droit de l'Union européenne (règlements, directives) occupe une place considérable et prime sur le droit national dans son champ d'application.
  3. La loiVotée par le Parlement (Assemblée nationale et Sénat), la loi occupe une place centrale. Son domaine est défini par l'article 34 de la Constitution. Elle doit respecter la Constitution et les traités.
  4. Les règlements (décrets et arrêtés)Édictés par le pouvoir exécutif (Président, Premier ministre, ministres, préfets, maires) pour appliquer les lois ou régir des domaines qui ne relèvent pas de la loi. Ils doivent respecter toutes les normes supérieures.
  5. La jurisprudenceL'ensemble des décisions rendues par les tribunaux. En interprétant les textes, les juges précisent et complètent le droit. Son statut de « source » est débattu, mais son importance pratique est immense : on ne comprend une règle qu'en lisant comment les juges l'appliquent.
  6. La coutume et la doctrineLa coutume (usage répété et considéré comme obligatoire) joue un rôle limité mais réel. La doctrine (les analyses des professeurs et juristes) n'est pas une source contraignante, mais elle influence l'évolution du droit.
Le fil conducteur de tout le droit : chaque règle doit respecter celles qui lui sont supérieures. Une loi contraire à la Constitution, ou un décret contraire à une loi, peut être annulé.

L'organisation de la justice : qui juge quoi ?

Le paysage judiciaire français déroute au début, car il repose sur une grande division que rien, au lycée, ne prépare à comprendre : celle entre l'ordre judiciaire et l'ordre administratif. Savoir « qui juge quoi » est indispensable dès les premières semaines.

L'ordre judiciaire

Il tranche les litiges entre particuliers (droit privé) et juge les infractions (droit pénal). Il se divise lui-même en deux branches.

Les juridictions civiles

Elles règlent les litiges entre personnes privées (un contrat non respecté, un divorce, un conflit de voisinage). En première instance : le tribunal judiciaire. Puis la cour d'appel.

Les juridictions pénales

Elles jugent les infractions, classées selon leur gravité : le tribunal de police (contraventions), le tribunal correctionnel (délits) et la cour d'assises (crimes, avec un jury populaire).

L'ordre administratif

Il tranche les litiges entre les particuliers et l'administration (l'État, une commune, un hôpital public…). Créé pour que l'administration ne soit pas jugée par les tribunaux ordinaires.

Le tribunal administratif

Juge en première instance les litiges avec l'administration (un permis de construire refusé, un litige avec la fonction publique).

La cour administrative d'appel puis le Conseil d'État

La cour administrative d'appel réexamine les affaires ; le Conseil d'État est au sommet de cet ordre (il a aussi un rôle de conseiller du gouvernement).

Au sommet de chaque ordre siège une cour suprême, qui n'est pas un troisième degré de jugement : elle ne rejuge pas les faits, elle vérifie que le droit a été correctement appliqué. Pour l'ordre judiciaire, c'est la Cour de cassation ; pour l'ordre administratif, le Conseil d'État. Lorsqu'un doute surgit sur l'ordre compétent, c'est le Tribunal des conflits qui tranche.

Les voies de recours : première instance, appel, cassation

La première instance

L'affaire est jugée une première fois, sur les faits et sur le droit. C'est le premier degré de juridiction.

L'appel

La partie qui n'est pas satisfaite peut faire appel : l'affaire est entièrement réexaminée par une cour d'appel (faits et droit). C'est le second degré. On ne peut pas faire appel des décisions de faible importance (jugements « en premier et dernier ressort »).

Le pourvoi en cassation

Dernier recours : on saisit la Cour de cassation (ou le Conseil d'État) non pour rejuger les faits, mais pour vérifier que la règle de droit a été correctement appliquée. Si la cour casse la décision, l'affaire est renvoyée devant une autre juridiction du même degré.

Les grandes distinctions et principes à connaître

Les distinctions fondamentales

Droit public / droit privé

La grande division du droit. Le droit privé régit les rapports entre personnes privées (droit civil, droit commercial…). Le droit public régit l'organisation de l'État et ses rapports avec les particuliers (droit constitutionnel, droit administratif…). Cette distinction structure toute la licence.

Droit objectif / droits subjectifs

Le droit objectif est l'ensemble des règles qui organisent la société (« le » droit). Les droits subjectifs sont les prérogatives dont dispose une personne (« mes » droits : droit de propriété, droit de créance…). Le premier est la règle, les seconds en découlent.

Droit civil / droit pénal

Le droit civil règle les rapports privés et vise à réparer (des dommages-intérêts). Le droit pénal sanctionne les comportements interdits par la société et vise à punir (une peine). Un même fait peut relever des deux.

Personnes physiques / personnes morales

Une personne physique est un être humain, sujet de droit de sa naissance à sa mort. Une personne morale est un groupement doté de la personnalité juridique (une société, une association, une commune) : elle a un patrimoine, peut contracter et agir en justice.

Les grands principes

La présomption d'innocence

Toute personne poursuivie est réputée innocente tant que sa culpabilité n'a pas été légalement établie.

Le principe du contradictoire

Chaque partie doit pouvoir connaître et discuter les arguments et preuves de l'autre. Nul ne peut être jugé sans avoir pu se défendre.

La non-rétroactivité des lois

En principe, une loi ne s'applique qu'aux situations postérieures à son entrée en vigueur, pas au passé. En droit pénal, ce principe est particulièrement strict (sauf loi plus douce).

La hiérarchie des normes

Toute règle doit respecter les règles qui lui sont supérieures. C'est le fil conducteur de tout le raisonnement juridique.

L'égalité devant la loi

La loi est la même pour tous ; elle s'applique sans distinction de personne. Principe hérité de 1789.

Le vocabulaire juridique essentiel

Ce « glossaire de survie » rassemble les termes que tu croiseras dès les premières semaines. Mémorise-les progressivement : parler le langage du droit est la première étape pour le comprendre.

Jurisprudence
L'ensemble des décisions rendues par les tribunaux, et la façon dont ils interprètent le droit.
Doctrine
L'ensemble des travaux et analyses des juristes (professeurs, praticiens) qui commentent et critiquent le droit.
Arrêt
Décision rendue par une cour (cour d'appel, Cour de cassation, Conseil d'État). Un jugement, lui, est rendu par un tribunal.
Requérant / demandeur
Celui qui saisit la justice, qui introduit l'action. En face : le défendeur.
Débouter
Rejeter la demande de quelqu'un en justice (« le demandeur a été débouté »).
Litige
Un désaccord juridique opposant deux ou plusieurs parties, porté devant un juge.
Contentieux
L'ensemble des litiges relevant d'un domaine (« le contentieux administratif »).
Espèce
L'affaire concrète que l'on étudie (« en l'espèce » = dans le cas présent).
Moyen
Un argument juridique invoqué au soutien d'une prétention.
Attendu / considérant
Les paragraphes par lesquels une juridiction expose son raisonnement dans une décision.
Disposition
Un élément d'un texte de loi (un article, un alinéa).
Abrogation
La suppression, pour l'avenir, d'une règle de droit par une autre.
Codification
Le rassemblement de règles dans un code (Code civil, Code pénal…).
Nul / nullité
La sanction d'un acte juridique irrégulier, qui le prive d'effet.
De lege lata / de lege ferenda
Le droit tel qu'il est / le droit tel qu'il devrait être.
Ratio legis
La raison d'être, l'esprit d'une règle de droit.

Les méthodes du supérieur, pas à pas

En droit, la note ne récompense pas ce que vous savez, mais votre façon de le mobiliser dans un exercice codifié. Ces exercices — le cas pratique, le commentaire d'arrêt, la dissertation — obéissent à des règles de forme strictes, inconnues au lycée. Les découvrir maintenant vous évitera le choc des premières mauvaises notes, presque toujours dues à la méthode et non au fond.

La brique de base : le syllogisme juridique

Tout raisonnement juridique repose sur le syllogisme : on applique une règle générale (majeure) à une situation de fait (mineure) pour en tirer une conclusion. C'est le geste mental fondamental, que l'on répète des centaines de fois en licence.

La majeure — la règle de droit

On énonce la règle applicable : le principe, le texte, la jurisprudence pertinente. Exemple : « L'article 1240 du Code civil dispose que tout fait de l'homme qui cause à autrui un dommage oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer. »

La mineure — les faits qualifiés

On confronte les faits de l'espèce à la règle, en les « qualifiant » juridiquement. Exemple : « En l'espèce, en heurtant volontairement le vase, Paul a commis une faute, qui a causé un dommage (le vase brisé) au propriétaire. »

La conclusion

On en déduit la solution. Exemple : « Paul est donc tenu de réparer le dommage, c'est-à-dire d'indemniser le propriétaire du vase. »

Le piège du débutant est de donner directement la conclusion (« Paul doit payer ») sans dérouler la règle puis son application. En droit, le cheminement compte autant que le résultat.

Le cas pratique

On vous décrit une situation concrète (souvent un petit récit) et l'on vous demande de résoudre le problème juridique posé, en vous mettant dans la peau d'un juriste qui conseille un client. C'est l'exercice le plus proche du métier.

1. Lire les faits et les qualifier juridiquement

Traduire l'histoire en catégories du droit : qui sont les parties ? Un contrat a-t-il été conclu ? Y a-t-il eu une faute, un dommage ? On élimine les détails inutiles et on retient les faits juridiquement pertinents.

2. Dégager le(s) problème(s) de droit

Formuler la question juridique précise, de façon générale et abstraite. Non pas « Paul doit-il payer le vase ? » mais « La personne qui brise volontairement le bien d'autrui engage-t-elle sa responsabilité ? »

3. Énoncer les règles applicables (la majeure)

Exposer le droit pertinent : textes, conditions posées par la loi, précisions de la jurisprudence. On expose la règle avant de l'appliquer.

4. Appliquer aux faits (la mineure)

Confronter méthodiquement chaque condition de la règle aux faits de l'espèce. C'est le cœur de l'exercice : montrer que (ou si) chaque condition est remplie.

5. Conclure

Répondre clairement à la question posée, en tirant les conséquences de l'application. Une conclusion nuancée (« sauf si… ») est souvent attendue.

Structure attendue pour chaque problème : Faits qualifiés → Problème de droit → Règle → Application → Conclusion. S'il y a plusieurs problèmes, on traite chacun dans cet ordre.

Exemple entièrement corrigé

Énoncé. Léa, 17 ans, achète seule un scooter d'occasion à 2 500 € à un vendeur professionnel, sans en parler à ses parents. Ceux-ci, mécontents, veulent annuler la vente. Le peuvent-ils ?

Faits qualifiés. Léa est mineure (17 ans). Elle a conclu seule un contrat de vente portant sur un bien d'une valeur non négligeable (2 500 €), sans représentation par ses parents (ses représentants légaux).

Problème de droit. Un contrat conclu seul par un mineur non émancipé, portant sur un acte qui n'est pas un simple acte de la vie courante, peut-il être remis en cause ?

Règle applicable. En principe, le mineur non émancipé est frappé d'une incapacité d'exercice : il ne peut pas conclure seul les actes juridiques, qui doivent être passés par ses représentants légaux. Les actes courants de faible importance sont toutefois admis. Les actes conclus en violation de cette incapacité peuvent être annulés (nullité de protection).

Application aux faits. L'achat d'un scooter à 2 500 € n'est pas un acte de la vie courante de faible valeur, mais un acte important. Léa, mineure, l'a conclu seule, sans ses représentants. L'acte a donc été passé en violation de son incapacité.

Conclusion. Le contrat encourt la nullité : les parents de Léa, agissant comme ses représentants légaux, peuvent en principe en demander l'annulation. Le scooter serait restitué au vendeur et le prix rendu.

Le commentaire d'arrêt

On vous remet une décision de justice (un arrêt) et vous devez l'analyser : comprendre ce que les juges ont décidé, pourquoi, et quelle est la portée de la solution. Ce n'est ni un résumé, ni une dissertation : c'est une analyse au plus près du texte.

Analyser l'arrêt (le « fichage ») :

Les faits

Que s'est-il passé concrètement, à l'origine du litige ?

La procédure

Quel a été le parcours judiciaire : qui a saisi quel tribunal, quelles décisions successives, qui s'est pourvu ?

Les prétentions et moyens des parties

Que demande chaque partie, et avec quels arguments juridiques ?

Le problème de droit

La question juridique précise à laquelle la juridiction devait répondre.

La solution

Ce que la cour décide, et surtout le motif de droit sur lequel elle se fonde.

Après cette analyse préparatoire (le « fichage »), le commentaire lui-même se rédige en deux parties équilibrées (I et II), chacune subdivisée (A et B), avec des titres apparents. On n'y met pas ses opinions : on explique le sens de la décision (I, souvent) puis on en discute la portée et les limites (II, souvent).

Les pièges à éviter :

La dissertation juridique

On vous propose un sujet (une notion, une comparaison, une question) et vous devez construire une démonstration ordonnée. Contrairement à la dissertation de lycée, la forme est très codifiée : introduction lourde et plan en deux parties / deux sous-parties (I-A, I-B, II-A, II-B).

En droit, on ne conclut pas toujours par une « conclusion » développée : la démonstration doit se suffire. Si conclusion il y a, elle est brève et peut ouvrir sur une perspective.

L'introduction, en cinq temps :

L'accroche

Une phrase d'entrée pertinente (une citation, un fait d'actualité, une donnée) qui amène le sujet.

La définition des termes

Définir précisément les mots du sujet : c'est souvent là que se joue la compréhension.

Le contexte et l'intérêt du sujet

Situer le sujet (historique, actualité) et montrer pourquoi il mérite d'être traité.

La problématique

La question centrale, précise, à laquelle toute la dissertation répond.

L'annonce de plan

Présenter explicitement les deux grandes parties (I et II).

Le plan apparent en deux parties est la règle. Chaque partie (I, II) comporte deux sous-parties (A, B) avec des intitulés. On évite les plans « bateau » (I. Avantages / II. Inconvénients) au profit d'un plan qui répond réellement à la problématique. Un plan fréquent oppose le principe (I) et ses limites/nuances (II), ou les conditions (I) et les effets (II).

En droit, on ne conclut pas toujours par une « conclusion » développée : la démonstration doit se suffire. Si conclusion il y a, elle est brève et peut ouvrir sur une perspective.

Exercices corrigés pour s'entraîner

Entraîne-toi activement : lis l'énoncé, rédige ta réponse, puis compare. Refaire ces exercices sans regarder la correction est le meilleur moyen de progresser.

Exercice 1 · Qualification juridique

Qualifiez juridiquement la situation, puis identifiez l'ordre de juridiction compétent.

Énoncé. Un automobiliste conteste une amende de stationnement infligée par la mairie. Il souhaite contester la décision de l'administration municipale.

Voir la correction

Il s'agit d'un litige opposant un particulier à une personne publique (la commune) à propos d'une décision administrative. Le litige relève donc du droit public, et plus précisément du contentieux administratif. La juridiction compétente en première instance est le tribunal administratif, et non le tribunal judiciaire.

Exercice 2 · Hiérarchie des normes

Un décret contredit une loi. Que se passe-t-il ? Justifiez.

Énoncé. Le gouvernement prend un décret dont une disposition est contraire à une loi votée par le Parlement.

Voir la correction

En vertu de la hiérarchie des normes, le règlement (le décret) doit respecter la loi, qui lui est supérieure. Un décret contraire à la loi est illégal. Il peut être contesté devant le juge administratif (recours pour excès de pouvoir devant le Conseil d'État ou le tribunal administratif), qui peut l'annuler.

Exercice 3 · Distinction des responsabilités

Un même fait peut-il relever à la fois du droit civil et du droit pénal ? Expliquez.

Énoncé. Lors d'une dispute, une personne en blesse volontairement une autre.

Voir la correction

Oui. Le même fait peut avoir une double conséquence. Sur le plan pénal, les violences volontaires constituent une infraction, poursuivie par la société et punie d'une peine. Sur le plan civil, la victime a subi un dommage : elle peut demander réparation (des dommages-intérêts) à l'auteur. Les deux actions sont distinctes et peuvent se cumuler.

Exercice 4 · Lecture d'un arrêt (repérage)

Dans un arrêt, distinguez le rôle de la Cour de cassation de celui d'une cour d'appel.

Énoncé. Une affaire a été jugée en première instance, puis en appel, avant un pourvoi en cassation.

Voir la correction

La cour d'appel constitue le second degré de juridiction : elle réexamine l'affaire en fait et en droit, et rend une nouvelle décision sur le fond. La Cour de cassation, elle, ne rejuge pas les faits : elle contrôle uniquement la correcte application de la règle de droit par les juges du fond. Si elle estime que le droit a été mal appliqué, elle casse l'arrêt et renvoie l'affaire devant une autre cour d'appel.

Exercice 5 · Cas pratique (entraînement)

Résolvez ce cas selon la méthode : faits qualifiés, problème de droit, règle, application, conclusion.

Énoncé. Marc promet oralement de vendre son vélo à Julie pour 150 €. Julie accepte. Le lendemain, Marc change d'avis et refuse de livrer le vélo. Julie peut-elle exiger la vente ?

Voir la correction

Faits qualifiés : Marc et Julie ont échangé un consentement (offre de vendre acceptée) sur une chose (le vélo) et un prix (150 €). — Problème de droit : un accord verbal sur la chose et le prix suffit-il à former une vente obligatoire ? — Règle : la vente est en principe parfaite dès qu'il y a accord sur la chose et sur le prix, même sans écrit ; l'écrit sert surtout de preuve. Le contrat oblige alors les parties. — Application : ici, l'accord porte sur une chose déterminée et un prix convenu ; la vente est donc formée. — Conclusion : Marc est en principe engagé ; Julie peut exiger l'exécution du contrat, la difficulté résiduelle étant celle de la preuve de l'accord verbal.

Programme de préparation, semaine par semaine

Un plan réaliste pour l'été, à adapter à ton rythme. L'idée n'est pas de « faire du droit » avant l'heure, mais d'installer les repères, les méthodes et les habitudes de travail qui feront la différence dès septembre.

Semaines 1-2 — Comprendre le terrain

Avant tout contenu, on installe les repères qui manquent au sortir du lycée.

  • Assimiler la hiérarchie des normes et les sources du droit (voir plus haut).
  • Comprendre la distinction droit public / droit privé et l'organisation des deux ordres de juridiction.
  • Commencer le glossaire de survie : noter et mémoriser 5 termes juridiques par jour.
  • Lire régulièrement la presse (rubriques justice, institutions) pour habituer l'œil au vocabulaire.

Semaines 3-4 — Le raisonnement juridique

On travaille le geste mental central : le syllogisme.

  • Maîtriser le syllogisme juridique (majeure / mineure / conclusion) sur des exemples simples.
  • S'entraîner à formuler un problème de droit de façon générale et abstraite.
  • Refaire les exercices de qualification juridique de ce guide, puis en chercher d'autres.
  • Renforcer l'expression écrite : rédiger des raisonnements courts, clairs et structurés.

Semaines 5-6 — Les méthodes d'exercice

On découvre les exercices notés de la L1, sans attendre le premier TD.

  • Étudier la méthode du cas pratique et traiter les cas d'entraînement de ce guide.
  • Comprendre la logique du commentaire d'arrêt : savoir « ficher » une décision (faits, procédure, problème, solution).
  • Découvrir la structure de la dissertation juridique (introduction en 5 temps, plan I-A / I-B / II-A / II-B).
  • Lire un ou deux arrêts célèbres accessibles et s'exercer à en repérer les éléments.

Semaines 7-8 — Consolidation et autonomie

On ancre les acquis et on installe les habitudes de travail du supérieur.

  • Refaire l'ensemble des exercices corrigés de ce guide sans regarder la correction.
  • Constituer des fiches synthétiques (sources, juridictions, grandes distinctions, principes).
  • Mettre en place une organisation de travail hebdomadaire réaliste et régulière.
  • Repérer les ressources de sa future université : tutorat, dispositif « oui-si », emploi du temps.
Ce programme est un point de départ, pas une obligation. Même en survolant seulement le fond disciplinaire et les méthodes, tu arriveras avec une longueur d'avance sur la majorité des étudiants.

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Français (Première) — l'expression écrite et l'argumentation sont la compétence n°1 en droit.
HGGSP (Terminale) — les institutions et la vie politique éclairent le droit constitutionnel.
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Questions fréquentes

Faut-il être bon en maths pour faire du droit ?
Non. La licence de droit ne demande quasiment pas de mathématiques. Les compétences clés sont la lecture, le raisonnement et l'expression écrite.
Quel bac faut-il pour entrer en droit ?
Le droit est accessible avec un bac général comme technologique. Aucune spécialité n'est strictement obligatoire, mais le français, l'HGGSP et les SES aident.
Combien de temps faut-il préparer sa L1 de droit ?
Le programme de ce guide s'étale sur environ huit semaines d'été, à raison de quelques heures par semaine. Même une préparation plus courte est bénéfique.
Ce guide remplace-t-il les cours de la fac ?
Non : il prépare le terrain. Le droit lui-même s'apprend en licence. Ce guide vise à combler l'écart de méthode et de vocabulaire entre le lycée et la L1.
J'ai un petit score au test : dois-je renoncer au droit ?
Pas du tout. Beaucoup d'étudiants débutent sans avance et réussissent grâce à la méthode. Un score modeste indique simplement des points à travailler cet été.